Personne n'avait vu venir un tel séisme. Lorsque les premiers balles ont frappé le gazon du All England Club le lundi 30 juin, les observateurs les plus aguerris s'attendaient à des surprises ponctuelles, comme chaque année sur cette surface capricieuse. Ce qu'ils ont obtenu dépasse l'entendement : treize têtes de série masculines éliminées dès le premier tour, un record absolu dans l'ère Open à Wimbledon, égalant la marque toutes surfaces confondues établie à l'Open d'Australie 2004. L'édition 2025 des Championships a commencé par un tremblement de terre, et les répliques n'ont cessé de secouer le tableau tout au long de cette première semaine.
Le massacre du premier tour
La liste des victimes donne le vertige. Alexander Zverev, troisième tête de série et l'un des joueurs les plus réguliers du circuit depuis deux ans, a sombré face à Arthur Rinderknech en cinq sets (7-6, 6-7, 6-3, 6-7, 6-4) au terme de quatre heures quarante de combat acharné. L'Allemand, qui avait dominé la saison sur terre battue et abordait avec des ambitions légitimes, a semblé incapable de trouver ses repères sur le gazon glissant du Court 1. Après sa défaite, Zverev a confié aux journalistes n'avoir « jamais ressenti un tel vide » après un match.
Lorenzo Musetti, septième tête de série et demi-finaliste l'an passé, n'a même pas eu l'occasion de défendre son parcours de 2024. Blessé à la jambe gauche depuis Roland-Garros, l'Italien n'avait disputé aucun tournoi de préparation sur gazon et s'est présenté à SW19 dans un état physique précaire. Nikoloz Basilashvili, 126e mondial qui n'avait plus gagné un match en Grand Chelem depuis trois ans, en a profité pour signer l'un des exploits les plus retentissants du tournoi (6-2, 4-6, 7-5, 6-1).
Holger Rune, huitième tête de série, a vu Nicolas Jarry remonter deux sets de retard pour l'éliminer dans un thriller en cinq manches (4-6, 4-6, 7-5, 6-3, 6-4). Le Danois a invoqué des douleurs au genou pour expliquer son effondrement progressif, mais Jarry mérite amplement le crédit de cette victoire héroïque, sa première en cinq sets de toute sa carrière. , neuvième tête de série et demi-finaliste les deux années précédentes, a connu la sortie la plus prématurée de ses sept participations à , balayé par Benjamin Bonzi (7-6, 3-6, 7-6, 6-2) dans un match où le Français a démontré un aplomb remarquable sur les points importants.
Stefanos Tsitsipas, vingt-quatrième tête de série, a offert l'image la plus poignante de cette hécatombe. Visiblement diminué par des douleurs au dos, le Grec a abandonné face à Valentin Royer alors qu'il était mené 3-6, 2-6, incapable de servir correctement et se déplaçant avec une raideur inquiétante. Ses mots d'après-match résonnent comme un cri de détresse : « Je n'ai plus de réponses. »
La liste s'allonge encore avec les défaites d'Ugo Humbert face à Gaël Monfils dans un duel franco-français épique en cinq sets, d'Alexei Popyrin contre Arthur Fery, de Francisco Cerundolo devant Nuno Borges, de Denis Shapovalov écarté par Mariano Navone, d'Alexander Bublik tombé sous les coups de Jaume Munar, et de Matteo Berrettini ainsi que Tallon Griekspoor. Jamais le gazon de n'avait englouti autant de favoris en si peu de temps.
Alcaraz : le champion résiste à la tempête
Dans ce contexte de chaos généralisé, la survie de au premier tour prend une dimension particulière. Le double tenant du titre a vécu une soirée de tous les dangers face à Fabio Fognini, vétéran italien dont le talent imprévisible s'est parfaitement exprimé sur le gazon du Centre Court. Alcaraz a eu besoin de cinq sets (7-5, 6-7, 7-5, 2-6, 6-1) et de plus de quatre heures de jeu pour écarter un adversaire qui l'a poussé dans ses derniers retranchements.
Ce match inaugural aurait pu faire basculer le tournoi. Mené deux sets à un après un quatrième set désastreux, Alcaraz a trouvé les ressources mentales pour inverser la tendance dans la cinquième manche, retrouvant soudainement la fluidité de ses frappes et l'agressivité qui fait de lui le joueur le plus dangereux du circuit sur gazon. Le cinquième set, remporté 6-1, a constitué une démonstration de force presque intimidante, comme si l'Espagnol avait voulu rappeler à l'ensemble du tableau que le champion était toujours là.
La suite du parcours d'Alcaraz a pris une tournure bien différente. Au deuxième tour, il a expédié le qualifié Oliver Tarvet en trois sets secs (6-1, 6-4, 6-4), frappant trente-sept coups gagnants et brisant le service adverse à six reprises en à peine deux heures. Au troisième tour, face à Jan-Lennard Struff, l'Espagnol a concédé un set (6-1, 3-6, 6-3, 6-4) mais n'a jamais semblé véritablement menacé, contrôlant les échanges avec une autorité croissante au fil du match. Sa série de victoires consécutives s'élève désormais à vingt et un matchs, un chiffre qui témoigne de la régularité exceptionnelle de son niveau depuis le début de la saison sur gazon.
Sinner : la marche tranquille du numéro un mondial
Si Alcaraz a dû batailler pour franchir le premier obstacle, a traversé les trois premiers tours avec une aisance qui contraste de manière frappante avec les turbulences ambiantes. Le numéro un mondial a ouvert son tournoi par une victoire autoritaire contre son compatriote Luca Nardi (6-4, 6-3, 6-0), avant de poursuivre avec une démonstration encore plus convaincante face à l'Australien Aleksandar Vukic (6-1, 6-1, 6-3) en à peine cent minutes de jeu.
Au troisième tour, Pedro Martinez n'a pas davantage résisté à la puissance de feu de l'Italien (6-1, 6-3, 6-1), un score qui reflète la domination quasi totale de Sinner sur les premiers tours de ce . Les doutes nés de sa défaite précoce à Halle contre Bublik semblent s'être dissipés aussi vite qu'ils étaient apparus. Le service de Sinner a retrouvé sa précision, son revers à plat traverse le court avec une vélocité redoutable, et surtout, ses déplacements sur gazon montrent une fluidité que les saisons précédentes ne laissaient pas entrevoir.
Le tableau lui réserve Grigor Dimitrov en huitième de finale, un adversaire redoutable dont la touche de balle élégante et l'expérience sur gazon ne doivent pas être sous-estimées. Le Bulgare, dix-neuvième tête de série, a lui aussi traversé les premiers tours sans encombre, écartant Corentin Moutet puis Yoshihito Nishioka avec la sérénité d'un joueur en pleine confiance.
Djokovic : la centième victoire et le feu qui couve
a célébré un jalon historique lors de cette première semaine en enregistrant sa centième victoire à , un exploit que seul Roger Federer avait accompli avant lui dans l'histoire du tournoi. Le Serbe a balayé Dan Evans au deuxième tour (6-3, 6-2, 6-0) avant de s'imposer face à Miomir Kecmanovic au troisième tour (6-3, 6-0, 6-4) avec l'efficacité d'un champion qui connaît chaque brin d'herbe de SW19.
À trente-huit ans, Djokovic continue de défier la logique temporelle avec une constance qui force l'admiration. Son jeu de jambes sur gazon, souvent questionné ces derniers mois, a répondu présent lors des trois premiers tours. Son service reste une arme de premier plan, et sa lecture du jeu adverse atteint un niveau de sophistication que des décennies de compétition au plus haut niveau ont affiné jusqu'à la perfection. Alex de Minaur, onzième tête de série, l'attend en huitième de finale dans un duel qui constituera le premier véritable test du parcours du Serbe.
Draper : la désillusion britannique
L'une des histoires les plus cruelles de cette première semaine concerne Jack Draper, quatrième tête de série et porteur des espoirs de tout un pays. Le Britannique, attendu comme un candidat sérieux aux demi-finales devant son public, s'est incliné dès le deuxième tour face à Marin Cilic (6-4, 6-3, 1-6, 6-4), ancien vainqueur de l'US Open dont l'expérience et le service dévastateur ont suffi à neutraliser le jeune gaucher.
Draper a semblé paralysé par l'enjeu dans les deux premiers sets, commettant des erreurs inhabituelles et peinant à trouver la justesse dans ses coups droits. Sa réaction dans le troisième set, remporté 6-1, a brièvement ranimé les espoirs du public de SW19, mais Cilic a retrouvé son rythme dans la quatrième manche pour sceller une victoire qui prive le tournoi de l'un de ses protagonistes les plus attendus.
Les outsiders qui font vibrer le tableau
Dans le sillage de cette hécatombe des têtes de série, plusieurs joueurs inattendus se sont frayé un chemin remarquable à travers le tableau. Cameron Norrie, ancien demi-finaliste de en 2022, semble retrouver la forme au meilleur moment après une année 2024 marquée par les blessures. Le Britannique, qui avait chuté au 91e rang mondial, incarne une belle histoire de résilience et pourrait offrir à son public un motif de consolation après la sortie prématurée de Draper.
Nicolas Jarry, bourreau de Rune au premier tour, a prolongé son aventure et apporte au tableau une fraîcheur bienvenue. Arthur Rinderknech, tombeur de Zverev, confirme que le tennis français possède des ressources insoupçonnées sur gazon. Ben Shelton, dixième tête de série, a notamment écarté Tommy Paul au troisième tour (6-4, 6-4, 6-2) dans un duel américain à sens unique.
Ce qui nous attend en deuxième semaine
Les huitièmes de finale s'annoncent passionnants. Le choc Sinner contre Dimitrov promet un duel tactique de haute volée. Djokovic face à de Minaur constituera un test révélateur de la forme physique du Serbe. Alcaraz, qui retrouvera Andrey Rublev dans le bas du tableau, devra confirmer sa montée en puissance face à un adversaire capable de coups d'éclat sur n'importe quelle surface.
Le tableau décimé par les éliminations du premier tour a redistribué les cartes de manière spectaculaire. L'absence de Zverev, Medvedev, Musetti, Rune et Draper ouvre des autoroutes inattendues vers les quarts de finale pour des joueurs qui, dans un tableau normal, n'auraient peut-être pas franchi la première semaine. Cette imprévisibilité, qui constitue l'essence même de sur gazon, promet une deuxième semaine où chaque match pourrait réserver son lot de surprises.
Mais au milieu de ce chaos, deux certitudes émergent. Alcaraz, malgré sa frayeur inaugurale, a retrouvé son niveau de champion et son enchaînement de victoires inspire le respect. Sinner, silencieux et méthodique, avance avec la régularité d'un métronome et semble avoir trouvé la clé de l'adaptation au gazon qui lui manquait les saisons précédentes. Leur trajectoire convergente vers une potentielle finale constitue le fil rouge de cette édition 2025, et tout indique que le dénouement de ces Championships se jouera entre ces deux hommes.
La première semaine de 2025 restera dans les mémoires comme l'une des plus tumultueuses de l'histoire du tournoi. Le gazon de Church Road a rappelé à tous, favoris comme outsiders, qu'il ne fait de cadeau à personne.



