Le gazon, cette surface mythique qui ne représente que quelques semaines dans le calendrier tennistique, continue de fasciner et de bouleverser les hiérarchies établies. La saison 2025 sur herbe a offert son lot de surprises, de confirmations et de moments d'exception, de Stuttgart à Wimbledon en passant par Halle, le Queen's Club et Eastbourne. Plus qu'une simple parenthèse entre Roland-Garros et la tournée estivale sur dur, ces quelques semaines de compétition ont redessiné les rapports de force entre les meilleurs joueurs du monde.
Le gazon possède une identité qui lui est propre. La balle y rebondit bas et file à toute allure, récompensant les services puissants, les frappes à plat et la capacité à prendre la balle tôt. Là où la terre battue impose de longs échanges et une patience infinie, l'herbe exige de l'audace et de la précision. Le jeu au filet, longtemps considéré comme l'apanage des spécialistes de cette surface, retrouve ses lettres de noblesse chaque été. Les joueurs qui excellent sur gazon partagent généralement un service dominant, un coup droit incisif et une aisance dans les transitions vers l'avant.
La saison herbe 2025 a débuté par le BOSS Open de Stuttgart, un ATP 250 qui sert traditionnellement de rampe de lancement. Taylor Fritz y a signé une performance remarquable, s'imposant en finale face à Alexander Zverev sur le score de 6-3, 7-6(0). L'Américain n'a pas perdu un seul jeu de service de toute la semaine, une statistique rarissime qui rappelle les heures les plus glorieuses du service-volée. Fritz, qui en était à son quatrième titre sur gazon, a confirmé son statut de joueur redoutable sur cette surface, capable de transformer chaque mise en jeu en point quasiment acquis.
Parallèlement à Stuttgart, le tournoi de Nottingham a offert un moment d'émotion pure avec le sacre de Marin Cilic. À 36 ans et huit mois, le Croate est devenu le plus vieux champion sur gazon au niveau Challenger, battant le record détenu par Andy Murray. Cilic, dont la carrière a été marquée par son titre à l'US Open 2014 et sa finale à Wimbledon 2017, a prouvé que l'expérience et la connaissance intime de cette surface restent des atouts irremplaçables.
La semaine suivante a vu se dérouler les deux événements phares de la préparation à Wimbledon : le Queen's Club Championship à Londres et le Halle Open en Allemagne. Au Queen's, a décroché son deuxième titre dans ce tournoi historique, dominant Jiri Lehecka en finale 7-5, 6-7(5), 6-2. L'Espagnol, qui avait déjà soulevé le trophée en 2023, a traversé le tableau non sans difficultés. Jack Draper, le grand espoir britannique, l'a poussé dans ses retranchements avant de céder, puis a finalement atteint les demi-finales où Lehecka l'a stoppé. Draper, classé quatrième mondial, a néanmoins assuré une tête de série protégée pour Wimbledon, confirmant que le tennis britannique post-Murray a trouvé son nouveau champion.
À Halle, c'est Alexander Bublik qui a créé la sensation en remportant son deuxième titre dans ce tournoi, battant en finale 6-3, 7-6(4). Le Kazakh, connu pour son tennis inventif et ses coups imprévisibles, a éliminé le tenant du titre dès le deuxième tour grâce à 36 coups gagnants. Bublik incarne parfaitement le type de joueur que le gazon récompense : imprévisible, créatif, capable de produire des angles impossibles et des montées au filet déconcertantes.
Côté féminin, la saison sur herbe a réservé des parcours tout aussi passionnants. À Berlin, Markéta Vondroušová a remporté le WTA 500 en battant Wang Xinyu en finale 7-6(10), 4-6, 6-2. La Tchèque, finaliste de Wimbledon 2023, a rappelé ses affinités naturelles avec le gazon. À Eastbourne, la jeune Australienne Maya Joint, 19 ans seulement, a décroché son deuxième titre WTA en renversant Alexandra Eala dans un match à suspense conclu 6-4, 1-6, 7-6(10). À Nottingham, l'Américaine McCartney Kessler a conquis son premier titre sur herbe, tandis que la Belge Greet Minnen a triomphé à Birmingham.
Mais c'est évidemment Wimbledon qui a constitué le point d'orgue de cette saison sur gazon. Et quel point d'orgue. , le numéro un mondial, a inscrit son nom au palmarès du tournoi le plus prestigieux du tennis en renversant en finale 4-6, 6-4, 6-4, 6-4. L'Italien est devenu le premier joueur de son pays à soulever le trophée des Championships, ajoutant un quatrième titre du Grand Chelem à sa collection après deux Open d'Australie et un US Open.
La finale entre Sinner et Alcaraz restera comme l'un des grands moments de cette saison 2025. Alcaraz, double tenant du titre, avait remporté la première manche avec autorité, déployant un tennis offensif mêlant service-volée et prises de balle précoces. Mais Sinner a su renverser la dynamique avec une régularité implacable et un service qui n'a quasiment jamais failli. Tout au long du tournoi, l'Italien n'a pas concédé un seul break, remportant les 37 jeux de service disputés et écartant les huit balles de break auxquelles il a fait face. Il a également égalé le record de l'ère Open du moins grand nombre de jeux concédés jusqu'au quatrième tour, avec seulement 17 jeux perdus.
Sinner porte désormais un bilan de 2-0 face à Alcaraz sur gazon, un fait remarquable quand on sait que l'Espagnol affichait un pourcentage de victoires de 92,1% sur cette surface avant cette finale, le meilleur ratio de l'ère Open parmi les joueurs ayant gagné au moins 20 matchs sur herbe. La rivalité entre ces deux champions, qui se retrouvent systématiquement en finale des plus grands tournois, est en train de définir une nouvelle ère du tennis mondial.
, à 38 ans, a livré un Wimbledon 2025 qui force le respect. Le Serbe a atteint les demi-finales pour la quatorzième fois dans ce tournoi, franchissant au passage la barre symbolique des 100 victoires aux Championships. Seuls Roger Federer et Martina Navratilova avaient atteint ce chiffre auparavant. Malgré une chute qui a limité sa mobilité, Djokovic a été stoppé par Sinner en trois sets (6-3, 6-3, 6-4). Son bilan de 100-12 à Wimbledon reste l'un des records les plus impressionnants de l'histoire du sport, et sa quête d'un huitième titre pour égaler Federer continue de l'animer.
Côté féminin, Wimbledon 2025 a été dominé de manière absolue par Iga Świątek. La Polonaise a écrasé Amanda Anisimova 6-0, 6-0 en finale, en seulement 57 minutes. Ce premier titre à Wimbledon, son sixième en Grand Chelem, a fait d'elle la première Polonaise à soulever le Venus Rosewater Dish. Cette victoire a définitivement enterré le mythe selon lequel Świątek ne pouvait dominer que sur terre battue.
La saison sur herbe 2025 a confirmé plusieurs tendances de fond. Le gazon n'est plus réservé aux purs serveurs-volleyeurs d'antan. Les joueurs modernes qui y triomphent sont des athlètes complets, capables d'adapter leur jeu de fond de court tout en sachant exploiter les spécificités de la surface. Sinner en est l'exemple parfait : un joueur de fond de court à l'origine, qui a développé son service et son jeu de transition au point de devenir intraitable sur herbe. Fritz, Bublik et Draper illustrent chacun à leur manière différentes voies vers l'excellence sur gazon, du service pur à la créativité tactique en passant par l'agressivité naturelle du gaucher.
Alors que le circuit reprend ses droits sur dur, les enseignements de cette saison herbe 2025 sont clairs. Le gazon a trouvé ses nouveaux maîtres, et la lutte entre Sinner et Alcaraz pour la domination de cette surface promet des années de rivalité exceptionnelle. Le tennis sur herbe, loin de s'essouffler, vit peut-être l'une de ses plus belles époques.



