La scène a marqué les esprits. Après sa victoire 6-2, 6-4 face à Andrey Rublev en quart de finale de l'Open d'Italie, Jannik Sinner s'est adossé au mur de la zone d'interview, les jambes tremblantes, le souffle court. L'intervieweuse Laura Robson a écourté l'entretien : "Tu t'appuies contre le mur, on voit que les jambes sont fatiguées, je te laisse partir."
Ces images disent quelque chose que les statistiques ne captent pas toujours. En trois mois, le numéro un mondial a enchaîné 27 victoires en 68 jours, soit environ une victoire tous les deux jours et demi. Un rythme infernal qui l'a conduit à un record historique de 32 succès consécutifs en Masters 1000, surpassant les 31 de Novak Djokovic établis en 2021.
Le paradoxe de Sinner tient dans cette dualité. Sur le court, la machine tourne à plein régime. Face à Rublev, il a plié l'affaire en deux sets sans jamais sembler en danger, poursuivant une série de 20 sets remportés d'affilée depuis Madrid. Mais dès le dernier point joué, le masque tombe. L'Italien de 23 ans s'est brièvement plié en deux en se tenant les jambes, peinant à garder l'équilibre.
Son parcours romain reste impressionnant : quatre matchs, aucun set perdu. Cinq titres Masters 1000 consécutifs. Une domination qui n'a aucun équivalent dans le tennis contemporain. Pourtant, la question se pose avec de plus en plus d'insistance : à quel prix ?
La demi-finale face à , programmée vendredi soir, représente un test d'un tout autre calibre. Le Russe, vainqueur de Martín Landaluce en trois sets après avoir été mené, apportera une résistance physique et mentale bien supérieure à celle offerte par les adversaires précédents de Sinner cette semaine.
Pour l'Italien, l'enjeu dépasse le simple résultat. Roland-Garros débute dans neuf jours. Trouver l'équilibre entre la quête de records et la préservation de son corps sera le véritable défi de cette fin de saison sur terre battue.


