Jannik Sinner ne rejouera pas le même Wimbledon que l'an dernier. Le numéro un mondial le sait, et c'est précisément pour cette raison qu'il a modifié sa préparation. "On a fait quelques changements. Je ne dirais pas de grands changements. Mais j'ai toujours cru aux petits détails et aux petits ajustements", a confié l'Italien samedi depuis le All England Club.
Ces ajustements trouvent leur origine dans le traumatisme de Roland-Garros. Au deuxième tour, face à Juan Manuel Cerúndolo, Sinner menait 6-3, 6-2, 5-1 avant de s'effondrer physiquement. Crampes sévères, vertiges, nausées : son corps a lâché sous la chaleur parisienne. Une défaite en cinq sets qui a laissé des traces bien au-delà du tableau. Pour un joueur habitué à dominer par sa régularité physique, cet épisode a constitué un signal d'alarme impossible à ignorer.
La réponse a été méthodique. "On a modifié notre préparation physique. On a fait des séances beaucoup plus longues, à la fois en salle et sur le court, d'un seul bloc et sans pauses, pour accumuler un maximum de sensations différentes", a expliqué Sinner. L'objectif est limpide : simuler le stress d'un match de cinq sets sans les coupures artificielles d'un entraînement classique. Habituer le corps à fonctionner sous pression prolongée.
L'autre particularité de cette préparation réside dans son absence de compétition. Pour la première fois depuis 2021, Sinner n'a disputé aucun tournoi sur gazon avant Wimbledon. Ni Halle, ni Queen's, ni Eastbourne. Un choix radical pour un tenant du titre, qui tranche avec la méthode de la plupart de ses rivaux. , champion 2024, a joué Queen's. , en quête d'un 25e titre majeur, a disputé Majorque. Sinner, lui, a préféré un bloc d'entraînement ciblé de trois semaines.
Sinner affiche pourtant une sérénité inhabituelle. "Je me sens bien préparé", a-t-il déclaré avec le laconisme qui le caractérise. Son premier tour, lundi face au Serbe Miomir Kecmanović, lui offrira un premier test de calibration.
L'an dernier, Sinner avait battu en finale pour devenir le premier Italien à soulever le trophée de Wimbledon. Un titre construit sur un service en progression constante, un revers à une main reconverti en arme létale sur gazon, et une capacité à absorber la pression des grands moments. Ces qualités n'ont pas disparu avec la défaite parisienne.
La question qui accompagnera Sinner tout au long de la quinzaine est celle de la résistance physique. Le gazon, avec ses échanges plus courts, sollicite le corps différemment de la terre battue. Un argument en sa faveur. Mais un match de cinq sets sous la canicule annoncée à Londres pourrait reproduire les conditions qui l'ont trahi à Paris. À 24 ans, sa méthode, faite de "petits changements" et de patience calibrée, l'a porté au sommet du classement mondial. Wimbledon dira si elle suffit pour y rester.



