La tension monte à la veille de Roland-Garros. Amélie Mauresmo, directrice du tournoi, a confirmé jeudi que les dotations ne bougeront pas en 2026, malgré la fronde grandissante des joueurs et des joueuses du circuit.
Le message est clair, presque brutal dans sa franchise. "Non, nous n'allons rien changer. Nous allons initier des discussions, et c'est ce que tout le monde souhaite", a déclaré l'ancienne numéro un mondiale lors de sa conférence de presse. Une fin de non-recevoir qui risque d'attiser la colère d'un vestiaire déjà à cran.
Les chiffres alimentent la frustration. Roland-Garros a généré 395 millions d'euros de revenus en 2025, en hausse de 14 % sur un an. Dans le même temps, la part reversée aux joueurs a glissé de 15,5 % en 2024 à 14,3 % estimés cette année. L'enveloppe totale atteint 61,7 millions d'euros, en progression de 5,3 millions, mais les vingt meilleurs joueurs mondiaux réclament une part de 22 %, alignée sur les standards des tournois ATP et WTA classiques.
Aryna Sabalenka, numéro un mondiale, et Coco Gauff, quatrième au classement WTA, figurent parmi les voix les plus fortes du mouvement. Les deux championnes ont publiquement soutenu l'idée d'un boycott des Grand Chelems si les organisateurs refusent d'augmenter la redistribution. Un scénario extrême, mais le simple fait qu'il soit évoqué par des joueuses de ce calibre illustre la profondeur du malaise.
En réponse immédiate, plusieurs joueurs et joueuses participant à Roland-Garros prévoient de limiter leurs interactions avec la presse à quinze minutes lors de la journée médiatique de vendredi. Un geste symbolique, coordonné, qui vise à attirer l'attention sur le déséquilibre perçu entre les revenus générés par le spectacle tennistique et la part qui revient à ceux qui le produisent sur le court.
Mauresmo, consciente de la pression, a tenté de temporiser. "Je ne vais pas vous dire que tout sera résolu d'un claquement de doigts. Mais les discussions continueront, probablement après le tournoi." Une promesse de dialogue qui, pour l'instant, ne satisfait personne.
Le contexte rend le bras de fer particulièrement délicat. Roland-Garros reste le Grand Chelem le moins généreux en pourcentage reversé aux athlètes. L'Open d'Australie et l'US Open ont déjà amorcé des revalorisations significatives ces dernières années, plaçant la Porte d'Auteuil dans une position inconfortable.
Les champions en simple empocheront chacun 2,8 millions d'euros, soit 250 000 euros de plus qu'en 2025. Une somme considérable en valeur absolue, mais qui pèse peu au regard de la croissance globale des revenus du tournoi. Les joueurs éliminés au premier tour, ceux pour qui chaque euro compte le plus, verront une progression encore plus modeste.
La question dépasse le seul cas parisien. Elle pose un débat structurel sur la répartition des richesses dans un sport où les tournois du Grand Chelem captent l'essentiel de l'attention médiatique et des revenus, tout en fonctionnant en dehors du cadre classique des circuits ATP et WTA.
Les premiers coups de raquette sont prévus dimanche. D'ici là, la journée de vendredi s'annonce aussi tendue en salle de presse que sur les courts d'entraînement.

