La Porte d'Auteuil s'apprête à accueillir la 129ème édition du tournoi de Roland-Garros, et pour la première fois depuis des années, la hiérarchie féminine s'annonce véritablement ouverte. Iga Swiatek, quadruple lauréate du Grand Chelem parisien, arrive en cinquième tête de série dans une position inédite depuis 2021, tandis qu'Aryna Sabalenka, numéro un mondiale incontestée, s'avance en grande favorite sur une surface qui lui a longtemps résisté. Entre ces deux géantes, Coco Gauff, Jasmine Paolini et Elena Rybakina nourrissent chacune des ambitions légitimes. Roland-Garros 2025 promet d'être l'un des tableaux féminins les plus incertains et les plus passionnants de la décennie.
La domination de Swiatek sur la terre battue parisienne est un phénomène tennistique sans équivalent dans l'ère récente. Trois titres consécutifs entre 2020 et 2024, avec une parenthèse en 2021 où la Polonaise avait été éliminée en huitièmes de finale par Maria Sakkari, puis une reconquête magistrale en 2022, 2023 et 2024. Depuis ses débuts à la Porte d'Auteuil en 2019, Swiatek n'a essuyé que trois défaites sur ce court, un bilan proprement ahurissant qui place la deuxième mondiale parmi les plus grands spécialistes de terre battue de l'histoire du tennis féminin. Sauf que cette saison 2025 a profondément rebattu les cartes.
Depuis sa victoire à Paris en juin 2024, Iga Swiatek n'a plus disputé une seule finale de tournoi, toutes surfaces confondues. Sa saison sur terre battue cette année a tourné au désastre : éliminée dès les premiers tours à Madrid, et sortie au troisième tour à Rome par Danielle Collins, un résultat qui aurait été impensable il y a encore dix-huit mois. La Polonaise présente un bilan négatif de quatre défaites en quatre confrontations cette année contre Coco Gauff et Mirra Andreeva, deux joueuses qu'elle surclassait encore régulièrement en 2023. Pour la première fois depuis 2021, Swiatek arrive à Roland-Garros sans avoir gagné le moindre titre cette saison, sans avoir atteint la moindre finale, et sans être tête de série dans le top quatre. C'est un Swiatek en crise de résultats, mais pas en crise de motivation, qui a choisi de se préparer à l'Académie Rafael Nadal avant de poser ses valises à la Porte d'Auteuil dès le 15 mai, soit deux semaines avant le début du tournoi.
Cette préparation minutieuse est significative. Swiatek sait mieux que quiconque que Roland-Garros est une entité à part, un tournoi où les lois habituelles du tennis semblent parfois ne pas s'appliquer. Sa maîtrise du jeu à plat, de l'effet lifté dévastateur et de la défense physique sur la brique pilée reste intacte. Son tirage au sort est certes redoutable, avec Raducanu, Ostapenko et potentiellement Rybakina sur sa route avant une demi-finale possible contre Sabalenka, mais Swiatek a déjà surmonté des tirages hostiles par le passé. La question centrale reste celle de sa confiance et de sa régularité mentale, deux paramètres qui ont visiblement vacillé ces derniers mois après son contrôle positif à une substance interdite à l'automne 2024 et la suspension qui s'en est suivie, même si cette dernière a été rapidement levée.
En face, arrive à Paris dans un état de forme exceptionnel et avec une pression accrue. Pour la première fois de sa carrière, la Biélorusse de 27 ans se présente à Roland-Garros en tant que numéro un mondiale incontestée, avec le meilleur bilan du circuit cette saison : trois titres, dont deux WTA 1000 à Miami et Madrid, et six finales atteintes, un total que l'on n'avait plus vu à ce stade de la saison féminine depuis Martina Hingis en 2001. Sabalenka a véritablement transformé son jeu sur terre battue au fil des années, ajoutant de la consistance à sa puissance naturelle et apprenant à construire le point différemment sur une surface qui réclame patience et tolérance aux longues séquences d'échanges. Sa victoire en finale à Madrid contre Gauff sur le score de 6-3, 7-6 a confirmé qu'elle était bel et bien la joueuse la plus complète du moment.
Pourtant, Sabalenka n'est pas sans failles. Son élimination en quarts de finale à Rome par Zheng Qinwen rappelle que même au sommet de sa forme, elle peut être battue sur terre battue par des joueuses capables de neutraliser sa puissance. Et le tirage au sort lui a réservé une potentielle demi-finale contre Swiatek, un choc de titans qui serait l'un des matches les plus attendus de l'histoire récente du Grand Chelem parisien. Les deux joueuses ne se sont pas encore affrontées en 2025, et leurs bilans respectifs sur la saison suggèrent un rapport de forces clairement en faveur de la Biélorusse, mais sur les courts de Roland-Garros, l'histoire et le maillot de la défenseure du titre pesaient toujours dans la balance.
Coco Gauff, 21 ans, est peut-être la joueuse la plus en forme de toutes les prétendantes au titre. L'Américaine présente un bilan de onze victoires pour trois défaites sur terre battue cette saison, avec deux finales atteintes consécutivement à Madrid et à Rome. Seule Sabalenka lui a barré la route à Madrid, et Paolini l'a devancée à Rome. Gauff possède un jeu particulièrement adapté à la surface parisienne : sa puissance en coup droit, sa capacité à absorber les échanges longs et sa solidité défensive en font une adversaire redoutable pour n'importe quelle joueuse du circuit. Elle avait atteint la demi-finale de Roland-Garros en 2024 et la finale en 2022, et son niveau actuel la place clairement parmi les deux ou trois joueuses susceptibles de soulever la Coupe Suzanne-Lenglen le 7 juin. La troisième tête de série est en état de grâce et a clairement les moyens de réaliser le Grand Chelem de sa saison sur terre battue.
représente sans doute la surprise la plus agréable de cette saison sur terre battue. L'Italienne, quatrième tête de série et finaliste malheureuse l'an dernier à Roland-Garros face à Swiatek, a franchi un pallier supplémentaire en 2025. Elle s'est imposée à Rome en finale contre Gauff en deux sets secs, ajoutant à sa victoire à Stuttgart obtenue également aux dépens de l'Américaine. Paolini allie une intelligence tactique remarquable à une capacité de résistance physique qui avait surpris tout le monde l'an dernier lors de sa formidable épopée jusqu'en finale. La surface lui convient parfaitement, son revers à deux mains est l'une des armes les plus efficaces du circuit sur brique pilée, et elle possède désormais la certitude que Paris peut lui réussir. Un deuxième titre à Roland-Garros serait un accomplissement extraordinaire pour une joueuse qui n'avait pas foulé les courts majeurs de Grand Chelem jusqu'à ses 27 ans.
complète le quintet des favorites, quoique dans un rôle plus incertain. La Kazakhe de 25 ans, naturellement douée pour les surfaces rapides grâce à son service dévastateur, a progressé notablement sur terre battue ces deux dernières saisons. Elle a fait appel à Goran Ivanisevic, ancien entraîneur de Novak Djokovic, pour tenter de franchir un cap supplémentaire, une décision qui témoigne de son ambition. Rybakina se situe sixième dans le classement sur terre battue établi avant Roland-Garros, et son potentiel à perturber les meilleures est réel. Cependant, sa saison 2025 a manqué de la régularité nécessaire pour la placer au rang de grande favorite, et les exigences physiques et tactiques des sept matches d'un Grand Chelem sur terre battue représentent un défi particulier pour son profil de jeu.
Il convient également de mentionner , cinquième tête de série américaine, dont la régularité et la constance ont parfois été sous-estimées par les observateurs. Pegula a la solidité mentale et la technique pour aller loin à Paris, mais elle devra montrer qu'elle peut franchir le plafond de verre qui lui a trop souvent barré la route en quarts ou demi-finales de Grand Chelem. Les jeunes pousses du circuit, notamment Mirra Andreeva et Linda Noskova, méritent aussi une attention particulière : elles ont toutes deux montré la capacité à bousculer les meilleures mondiales, et un Grand Chelem sur terre battue offre parfois des surprises mémorables dans les derniers tours.
Le tableau féminin de Roland-Garros 2025 se présente donc comme l'un des plus équilibrés et des plus captivants depuis de nombreuses années. Sabalenka est la favorite logique compte tenu de son état de forme exceptionnel et de sa domination sur l'ensemble de la saison, mais elle n'a jamais remporté Roland-Garros et devra pour cela battre au moins une ou deux joueuses parmi les meilleures mondiales, dont probablement Swiatek en demi-finale. Gauff a tous les atouts pour aller au bout et réaliser le rêve de tout joueur de tennis : remporter le Grand Chelem de sa surface de prédilection. Quant à Swiatek, éternelle reine de la terre battue parisienne malgré ses déboires récents, elle reste le joker absolu de ce tableau, cette joueuse dont l'histoire et le mental forgé dans des moments de doute peuvent basculer les pronostics les plus établis. Les deux semaines qui s'ouvrent promettent du tennis d'anthologie.


