Le tennis a ses moments de génie et ses dérapages mémorables. Corentin Moutet vient d'offrir les deux en l'espace de quelques heures au Queen's Club. Le Français, 36e mondial, a remporté un match haletant contre son compatriote Giovanni Mpetshi Perricard au premier tour du HSBC Championships, avant de transformer son interview d'après-match en moment de télévision surréaliste.
Le match lui-même méritait l'attention. Face à Mpetshi Perricard, serveur dévastateur capable de frapper des deuxièmes balles à plus de 220 km/h, Moutet a dû puiser dans toutes ses ressources. La rencontre, interrompue la veille au soir, s'est conclue en trois sets dans une bataille de nerfs où chaque jeu de service pesait comme un lingot d'or. Sur balle de match contre lui, le géant français a envoyé un missile à 228 km/h en seconde balle. Moutet a survécu, puis a fini par arracher la victoire dans un troisième set étouffant.
C'est l'interview d'après-match qui a fait le tour du monde. Interrogé en direct sur la BBC par la journaliste Jenny Drummond, Moutet a été invité à commenter le service surhumain de son adversaire. Sa réponse, brute et spontanée, a déclenché les excuses de la chaîne. Après avoir lâché un premier juron en anglais, le Français a été gentiment rappelé à l'ordre. Sa réaction a été d'en enchaîner six autres, visiblement incapable de contenir l'adrénaline qui coulait encore dans ses veines.
La présentatrice Clare Balding a immédiatement présenté des excuses aux téléspectateurs. L'ancienne numéro un britannique Annabel Croft a qualifié le comportement du Français de « consternant », rappelant que des enfants se trouvaient à quelques mètres du joueur dans le clubhouse du Queen's Club. L'ATP devrait infliger une amende à Moutet, qui risque de perdre une partie substantielle de ses gains du tournoi, estimés à environ 33 000 livres.
L'épisode illustre un paradoxe récurrent chez Moutet. Le gaucher parisien possède l'un des jeux les plus créatifs du circuit, mélange d'amortis audacieux, de montées au filet instinctives et de coups de génie imprévisibles. Mais cette intensité déborde parfois du cadre sportif. Au deuxième tour, il affrontera Alejandro Davidovich Fokina, vainqueur d'Arthur Rinderknech. Le Queen's Club espère sans doute une interview plus sobre.

