Il y a des joueurs qu'on regarde pour le résultat. Et puis il y a Gaël Monfils. Depuis près de vingt ans, le Parisien a transformé chaque court en scène de spectacle, chaque match en numéro d'artiste. À 39 ans, il s'apprête à fouler la terre battue de Roland-Garros une dernière fois, invitation de la FFT en poche.
Gaël Monfils n'a jamais gagné le tournoi parisien. Son meilleur résultat reste une demi-finale en 2008, quand il avait cédé face à Roger Federer après un combat mémorable. Mais réduire sa relation avec la Porte d'Auteuil à un palmarès serait passer à côté de l'essentiel. Monfils, c'est le joueur qui a fait lever le public du Court Philippe-Chatrier plus souvent que la plupart des champions. Les plongeons acrobatiques, les passings improbables, les tweeners en plein échange : chaque apparition était un événement.
Sa carrière en chiffres raconte une longévité exceptionnelle. Plus de 500 victoires sur le circuit ATP, un meilleur classement de 6e mondial atteint en 2016, une dizaine de titres en simple. Le tout sans jamais décrocher le Grand Chelem qui aurait scellé sa légende, mais en accumulant des moments inoubliables. Encore capable de soulever un trophée à 37 ans, Monfils a repoussé les limites de ce qu'un corps peut endurer sur le circuit.
"Quarante ans sera le bon moment pour moi", a confié le Français en début de saison, officialisant ce que le circuit redoutait. La fin est programmée pour décembre 2026. Roland-Garros sera l'avant-dernier chapitre majeur avant Wimbledon et l'US Open.
À 222e mondial, Monfils ne vient pas à Paris pour gagner le tournoi. Il vient dire au revoir. Il vient offrir un dernier spectacle à ce public qui l'a porté pendant deux décennies. Il vient saluer la terre battue qui l'a vu passer de prodige de 18 ans à vétéran insubmersible.
Le tennis français perd avec lui bien plus qu'un joueur. Il perd un showman, un électron libre, une énergie. La relève est là, avec et Arthur Géa dans le même tableau, mais le style Monfils ne se transmet pas. Il se vit, il s'applaudit, et bientôt, il se souviendra.



