La scène barcelonaise a trouvé son nouveau visage. Moins de vingt-quatre heures après l'annonce du forfait de Carlos Alcaraz, le public catalan s'est rassemblé autour d'un autre Espagnol de dix-neuf ans. Rafael Jodar a disposé mercredi soir de l'Argentin Camilo Ugo Carabelli 6-3, 6-3 en une heure et vingt-neuf minutes, se hissant dans le dernier carré de l'ATP 500 catalan.
Le wild card portait déjà une ligne remarquable dans sa besace. Douze mois plus tôt, il flirtait avec le six centième rang mondial. Depuis, une poignée de tournois Challengers remportés puis un premier titre ATP décroché à Marrakech fin mars ont propulsé le Madrilène jusqu'à la cinquante-septième place du classement, un bond considérable pour un joueur qui n'avait pas encore dix-neuf ans lorsque la saison sur ocre a démarré.
Ce parcours à Barcelone fait écho à un palmarès que seuls deux noms espagnols avaient atteint au cours de ce siècle. Rafael Nadal avait rejoint les quarts en 2005 et 2006 avant de transformer l'épreuve en fief personnel. Alcaraz avait imité son aîné en 2022 et 2023. Jodar devient le troisième, à un âge sensiblement identique à celui de ses deux références.
Face à Ugo Carabelli, l'Espagnol n'a jamais laissé l'Argentin dérouler son revers lifté. Premier service placé dans les angles, attaque systématique sur la seconde adverse, montée au filet à la moindre balle courte : le plan tactique a été appliqué avec un sérieux de cadre. La statistique la plus parlante reste le pourcentage de points gagnés sur première balle, proche de 79 %, qui a fait basculer les deux manches sans qu'un seul service ne soit concédé.
Jodar avait déjà imposé son tempo au premier tour face à Jaume Munar (6-1, 6-2) avant d'aligner une troisième victoire catalane. Son début de saison sur terre battue flirte avec la perfection : sept succès consécutifs sur ocre, titre à Marrakech et trois matchs gagnés au Real Club de Tenis Barcelona sans céder un set. « Je sais où je veux aller, je travaille pour ça, mais je reste le même garçon », confiait-il à l'ATP Tour avant sa montée en puissance, un ton sobre qui tranche avec l'emballement autour de son nom.
Le quart de finale lui réserve , septième tête de série, qui a également franchi son premier obstacle du tableau aux dépens d'Ethan Quinn en trois manches. Le Britannique s'était incliné devant Jodar en ouverture de l'Abierto Mexicano de Telcel en février, 6-3 6-2. Une opposition de style — gaucher défensif contre droitier agressif — qui devrait pimenter le rendez-vous de vendredi sur la Pista Rafa Nadal.
Pour le tennis espagnol, la séquence rappelle ce que la presse madrilène désignait dès 2023 comme la « génération Jodar ». Avec Alcaraz à l'infirmerie et Jannik Sinner toujours au sommet, le Murcien observe désormais son cadet depuis les gradins. Une succession se prépare à Barcelone, et elle pourrait signer sa première grande déflagration dès ce week-end.



