Pendant que Carlos Alcaraz soigne son poignet et que Jannik Sinner s'offre un nouveau bail à la place de numéro un mondial, la question se pose à bas bruit en Espagne : qui tient la relève ? La performance de Rafael Jodar au Barcelona Open, premier teenager ibérique à décrocher les quarts depuis Alcaraz en 2022 et 2023, agit comme un révélateur. Mais ce serait une erreur de réduire la nouvelle vague à un seul nom.
Le Madrilène s'est installé dans le Top 60 à dix-neuf ans, quasiment à l'identique du calendrier que suivait son aîné à Murcie. Un premier titre ATP à Marrakech, une série de sept victoires consécutives sur terre battue et un tableau barcelonais qu'il traverse sans concéder de set : la trajectoire parle d'elle-même. Le parallèle reste toutefois à manier avec prudence. Jodar mise davantage sur la frappe précoce depuis le fond du court que sur la polyvalence qui caractérise Alcaraz. Il construit ses points sur une première balle placée, un coup droit lifté agressif et un déplacement qui étonne par sa propreté pour un joueur aussi jeune.
Plus jeune mais tout aussi scruté, Martin Landaluce a repris à son compte l'héritage des centres de formation de Madrid. Ancien vainqueur de l'US Open junior, il s'est fait remarquer récemment en sortant Lorenzo Musetti à Monte-Carlo avec un tennis mordant. Son classement reste fragile autour du Top 120, mais le style — gaucher lourd de coup droit, service efficace pour sa taille — fait déjà saliver les observateurs. Le contraste avec Jodar est net : là où le Madrilène joue l'épure, Landaluce cherche la puissance brute.
À dix-neuf ans lui aussi, Daniel Merida Aguilar progresse à son rythme sur le circuit Challenger. Champion d'Europe des moins de seize ans, le Cordouan adopte une ligne claire : construire sur ocre, gagner les échanges longs, s'appuyer sur un revers à deux mains d'une rare propreté. Il vient de rejoindre la centaine mondiale et fera ses débuts en qualifications de Grand Chelem à Paris dans six semaines. Pablo Llamas Ruiz, vingt-deux ans, occupe une case légèrement différente. Vainqueur sur le Challenger de Sardaigne et de Cordenons en 2024, il a validé son entrée dans le Top 100 cette saison et sera au programme de Madrid.
À l'échelon supérieur, , même s'il a quitté la catégorie jeunesse depuis longtemps, reste le pivot entre la génération des trentenaires et la vague Alcaraz. Sa présence régulière en Top 30 à Monte-Carlo, Madrid et Rome sert de pont. Le Malaguène garde un rôle de référent technique, particulièrement précieux sur terre battue où ses variations rappellent les meilleures années de David Ferrer.
La Real Federación Española de Tenis capitalise sur ce renouveau. Les centres de Villena et d'Alcalá de Henares multiplient les stages communs depuis 2023. Les résultats commencent à pleuvoir : quatre Espagnols dans le Top 100 ATP, plusieurs joueuses dans le Top 300 WTA, et une moyenne d'âge du contingent en baisse sensible. L'infrastructure est calquée sur le modèle posé pendant l'ère Nadal, enrichi par la donnée vidéo et une préparation physique personnalisée qui portent la signature de la nouvelle direction technique.
La sortie temporaire d'Alcaraz ne redistribue pas encore le classement, mais elle éclaire la profondeur. Si Jodar confirme contre vendredi, il signera une semaine référence. Landaluce, Merida, Llamas Ruiz suivent derrière, à des stades différents de maturation. La question n'est plus de savoir si l'Espagne aura un successeur à Alcaraz, mais combien de candidats elle alignera autour de 2028-2030.



