Turin, novembre 2025. La Inalpi Arena vibre une dernière fois avant que le tennis masculin ne tire le rideau sur une saison qui restera dans les mémoires. Jannik Sinner, devant son public italien, a défendu avec succès son titre aux Nitto ATP Finals en dominant Carlos Alcaraz 7-6(4), 7-5 dans une finale de deux heures et quinze minutes qui a tenu toutes ses promesses. L'Italien rejoint ainsi John McEnroe et Boris Becker au rang des seuls joueurs à avoir soulevé plusieurs trophées du Masters de fin d'année à domicile. Un honneur qui dépasse le cadre du tennis et s'inscrit dans l'histoire du sport italien.
Cette victoire couronne une semaine parfaite pour Sinner, qui a remporté ses six matchs sans concéder le moindre set, confirmant sa domination absolue sur surface rapide indoor en cette fin de saison. Mais au-delà des chiffres, c'est le récit de cette finale qui mérite d'être raconté dans le détail, tant il concentre les tensions, les rebondissements et l'intensité qui font la grandeur de la rivalité Sinner-Alcaraz.
Le forfait de Djokovic et la recomposition des groupes
Avant même que le premier coup droit ne soit frappé, le tournoi a été secoué par le forfait de Novak Djokovic. Le Serbe, quatrième tête de série, s'est retiré en raison d'une blessure à l'épaule survenue après sa victoire en finale du tournoi ATP 250 d'Athènes contre , la veille de l'ouverture des ATP Finals. Ironie du sort, c'est Musetti lui-même qui a été appelé comme remplaçant direct, intégrant le groupe Jimmy Connors aux côtés de , Taylor Fritz et Alex de Minaur.
Ce retrait a redistribué les cartes de manière significative. Fritz, initialement placé dans le même groupe que Djokovic, se retrouvait face à un adversaire certes talentueux mais moins expérimenté en Musetti. Alcaraz, interrogé sur ce changement, n'a pas caché sa satisfaction : il préférait affronter Musetti plutôt que Djokovic, reconnaissant toutefois le mérite de l'Italien d'être là par ses résultats sur l'ensemble de la saison.
Groupe Bjorn Borg : la domination sans partage de Sinner
Le groupe Bjorn Borg réunissait Sinner, , Ben Shelton et Felix Auger-Aliassime. Sur le papier, un groupe redoutable avec le tenant du titre, le double champion en titre du tournoi, un jeune loup américain au service dévastateur et un Canadien en pleine ascension après sa finale à Paris-Bercy.
Sinner a ouvert sa campagne turinoise face à Auger-Aliassime, qu'il avait battu en finale à Paris deux semaines plus tôt. Le scénario s'est répété avec une troublante similitude : 7-5, 6-1 en faveur de l'Italien. Le premier set a été compétitif, Auger-Aliassime tenant tête à Sinner jusqu'à 5-5 avant de craquer sous la pression dans les deux derniers jeux. Le deuxième set a vu Sinner accélérer de manière irrésistible, ne laissant que des miettes au Canadien.
Le deuxième match de poules face à constituait le test le plus attendu. Zverev, double vainqueur des ATP Finals en 2018 et 2021, connaît cette surface et ce format comme personne. Sinner a répondu par une démonstration de maîtrise : 6-4, 6-3, un match où il n'a jamais été inquiété. L'Allemand, pourtant en confiance après son début de tournoi solide face à Shelton (6-3, 7-6), n'a jamais trouvé les solutions pour dérégler le jeu de fond de court de l'Italien. Ce résultat a qualifié Sinner pour les demi-finales avec un match d'avance.
Le troisième match, face à Ben Shelton, n'avait plus d'enjeu sportif pour Sinner mais l'Italien a refusé de lever le pied. Victoire 6-3, 7-6(3), confirmant la perfection de son parcours en poules. Shelton, malgré tout son talent et la puissance de son service, a terminé le tournoi sans la moindre victoire, un résultat cruel pour sa première participation aux ATP Finals.
De l'autre côté du groupe, Auger-Aliassime a signé un parcours remarquable. Après sa défaite contre Sinner, le Canadien a produit son meilleur tennis pour renverser Shelton dans un match épique (4-6, 7-6(7), 7-5), avant de battre Zverev 6-4, 7-6(4) pour se qualifier pour les demi-finales à la deuxième place du groupe. L'élimination de Zverev, double champion du tournoi, constituait l'une des surprises majeures de cette édition.
Groupe Jimmy Connors : Alcaraz en mission pour le trône mondial
Dans le groupe Jimmy Connors, la dynamique était tout autre. Alcaraz savait que sa victoire sur Musetti lui assurerait le classement de numéro un mondial en fin d'année, un enjeu qui transcendait la simple progression dans le tableau. L'Espagnol a abordé ce défi avec le sérieux et la détermination qui le caractérisent.
Son premier match face à Alex de Minaur a donné le ton : 7-6(5), 6-2, une victoire où la patience d'Alcaraz dans le premier set a fini par payer avant qu'il ne déroule dans le deuxième. L'Australien, septième tête de série, a montré pourquoi il figure parmi les meilleurs joueurs du monde avec sa vitesse de déplacement et son combat, mais la différence de puissance de frappe entre les deux hommes était trop importante.
Le deuxième match face à Taylor Fritz a offert le spectacle le plus palpitant de la phase de groupes. Fritz, sixième tête de série, a remporté le premier set 7-6(2) en jouant un tennis offensif de très haute qualité. L'Américain frappait fort, servait bien, et semblait en mesure de créer la surprise. Alcaraz, dos au mur, a trouvé les ressources mentales pour inverser la tendance. Le deuxième set, remporté 7-5 après avoir été mené, a été un exercice de résilience pure. Le troisième set, conclu 6-3, a vu un Alcaraz libéré dérouler son jeu le plus agressif. Cette victoire en trois sets contre Fritz restera comme l'un des grands moments de cette édition.
Le troisième match face à Musetti portait un enjeu historique. Une victoire d'Alcaraz lui garantissait le classement de numéro un mondial en fin d'année pour la deuxième fois de sa carrière, après 2022, faisant de lui le onzième joueur de l'histoire à terminer plusieurs saisons au sommet de la hiérarchie ATP. L'Espagnol n'a laissé aucune place au doute : 6-4, 6-1, une performance autoritaire qui a scellé son statut de meilleur joueur de la saison 2025 au classement. À vingt-deux ans, il devenait le premier joueur né depuis 2000, et même depuis 1990, à accomplir cet exploit.
De Minaur a sauvé l'honneur avec une victoire contre Fritz (7-6(3), 6-3) le dernier jour des poules, tandis que Musetti a arraché un succès mémorable contre de Minaur (7-5, 3-6, 7-5) dans un match à rebondissements. Fritz, avec une victoire contre Musetti (6-3, 6-4), a terminé avec un bilan d'une victoire pour deux défaites.
Les demi-finales : une formalité et une confirmation
La première demi-finale a vu Sinner affronter Alex de Minaur, deuxième du groupe Connors. L'Australien, aussi combatif que d'habitude, n'a jamais trouvé les armes pour inquiéter l'Italien : 7-5, 6-2, un match maîtrisé de bout en bout. Sinner a imposé sa puissance et sa longueur de balle, ne laissant à de Minaur aucun espace pour installer son jeu de contre.
La seconde demi-finale opposait Alcaraz à Auger-Aliassime. Le Canadien, fort de ses deux victoires consécutives en poules, nourrissait des ambitions légitimes. Mais Alcaraz, porté par la perspective d'une finale contre Sinner, a produit un tennis d'une qualité exceptionnelle : 6-2, 6-4, ne laissant aucune illusion au Canadien sur l'issue du match. L'Espagnol était en mission, et rien ni personne ne pouvait se mettre en travers de son chemin vers la finale.
La finale : le douzième chapitre d'une rivalité pour les âges
Sinner contre Alcaraz. Le douzième affrontement entre ces deux joueurs qui dominent le tennis mondial. L'Italien menait 6-5 dans leurs confrontations après sa victoire parisienne, mais chaque rencontre entre ces deux champions porte en elle la promesse d'un spectacle hors normes.
Le premier set a tenu toutes ses promesses. Quatre-vingt-une minutes de tennis de la plus haute qualité, avec des rallies d'une intensité qui a arraché le public turinois à ses sièges. Alcaraz et Sinner se sont rendus coup pour coup, aucun des deux ne parvenant à prendre l'ascendant dans les jeux de service. Le tournant est arrivé à 5-6 en faveur d'Alcaraz, sur une balle de set que Sinner a effacée avec un deuxième service à 189 km/h, un geste d'un sang-froid extraordinaire dans un moment de pression maximale. Alcaraz a également pris un temps mort médical pendant ce set, ajoutant une couche de tension supplémentaire à un premier acte déjà palpitant.
Le tie-break a été le théâtre d'un moment de génie de Sinner. À la poursuite d'un point qui semblait perdu, l'Italien a produit un lob parfaitement dosé par-dessus la tête d'Alcaraz pour se procurer une balle de set, qu'il a convertie pour conclure 7-4. Ce point restera comme l'un des plus beaux de la saison, un geste technique d'une difficulté extrême exécuté avec le calme d'un joueur en pleine possession de ses moyens.
Le deuxième set a vu Alcaraz réagir en champion, breakant Sinner pour mener dans les premiers jeux. Mais l'Italien a immédiatement recollé, montrant cette capacité à ne jamais céder mentalement qui est devenue sa marque de fabrique. Les deux joueurs se sont ensuite livrés un combat acharné, jeu après jeu, chaque point disputé avec une intensité maximale. À 5-5, Alcaraz a eu une balle de break qui aurait pu changer le cours du match, mais Sinner l'a repoussée avec la même détermination glaciale qu'il avait montrée tout au long de la semaine.
Le dénouement est arrivé à 6-5 en faveur de Sinner. Alcaraz, sous pression au service, a commis une volée dans le filet qui a offert une balle de match à l'Italien. Le dernier échange a été à l'image du match tout entier : intense, long, disputé balle après balle. Quand le revers d'Alcaraz a fini sa course dans le couloir, Sinner s'est effondré sur le court, submergé par l'émotion. 7-6(4), 7-5, la couronne était de nouveau à lui.
Le bilan d'une saison hors normes
Cette victoire aux ATP Finals a ponctué une saison 2025 extraordinaire pour Sinner. Bilan final : 58 victoires pour 6 défaites, six titres dont l'Open d'Australie, Wimbledon, les ATP Finals, Paris-Bercy, Pékin et Vienne. Des chiffres qui placent sa saison parmi les meilleures de l'histoire récente du tennis masculin.
Pour Alcaraz, malgré la défaite en finale, la saison 2025 reste celle de sa confirmation au sommet. Soixante-et-onze victoires pour neuf défaites, huit titres dont Roland-Garros et l'US Open, et le classement de numéro un mondial en fin d'année. L'Espagnol et l'Italien se sont partagé les quatre titres du Grand Chelem de la saison, établissant une domination partagée qui rappelle les plus grandes rivalités du tennis.
À 6,7 millions de téléspectateurs en Italie, la finale a battu le record d'audience télévisée du tennis italien, un chiffre qui témoigne de l'engouement que Sinner suscite dans son pays. Turin, qui accueillait les ATP Finals pour la cinquième et dernière année consécutive, a offert un écrin parfait à cette conclusion de saison.
Le rideau tombe sur 2025, mais la rivalité Sinner-Alcaraz ne fait que s'écrire. Quatorze affrontements déjà, sept victoires de chaque côté, et la certitude que le tennis masculin tient là sa plus grande rivalité depuis Federer-Nadal. Le requin et le matador se retrouveront. La question n'est pas de savoir quand, mais sur quelle scène ils offriront leur prochain chef-d'oeuvre.



