Il fallait un sacré culot pour être le bourreau de Gaël Monfils lors de son dernier Roland-Garros. Hugo Gaston l'a fait avec panache, et sans s'excuser : 6-2, 6-3, 3-6, 2-6, 6-0 en trois heures vingt-deux de jeu, lundi soir sous les projecteurs du Court Philippe-Chatrier.
À 25 ans, le Parisien a livré un match qui restera dans les mémoires. Dominant pendant deux sets avec ses amortis dévastateurs et son toucher de balle unique, il a vu Monfils revenir des limbes comme seul Monfils sait le faire, arrachant les troisième et quatrième manches sous les rugissements du public. Le Chatrier vibrait, déchiré entre l'envie de prolonger la fête pour la Monf' et l'admiration pour l'audace du plus jeune.
Puis le cinquième set. Un 6-0 clinique, presque irréel. Monfils, épuisé par son propre comeback, n'avait plus de carburant. Gaston, lui, a accéléré quand il le fallait, comme s'il refusait de laisser l'émotion dicter le scénario.
Ce n'est pas la première fois que Gaston fait vibrer Roland-Garros. En 2020, à 20 ans et sans classement, il avait atteint les huitièmes de finale en éliminant au passage. Ses amortis impossibles et son jeu atypique, héritage d'une formation en salle sur moquette au TC Paris, avaient alors captivé le monde du tennis.
Depuis, le parcours a été plus chaotique. Des blessures, des doutes, un classement en montagnes russes. Mais sur la terre battue parisienne, Gaston retrouve toujours quelque chose de spécial. Il porte en lui cet ADN de showman que Monfils a incarné pendant deux décennies : le goût du spectacle, le sens du moment, cette capacité à transformer un court de tennis en scène de théâtre.
Lundi soir, en dominant celui qui l'a inspiré, n'a pas seulement gagné un match. Il a symboliquement pris le relais. Le flambeau du tennis-spectacle français est entre de nouvelles mains.

